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Se ressourcer à La pêcherie de Montgermain

Visitez la pêcherie en panoramique

la pêcherie fleurieLe Limousin est un pays de sources qui compte un nombre considérable de fontaines. Pour nos ancêtres Creusois, tout comme pour les Gallo-Romains, les divinités résidaient dans l’eau, les arbres ou les montagnes. Les romains appelaient les gaulois « fonticolae » ce qui signifie « adorateurs de fontaines ». Ce culte proviendrait de l’époque Celtique. Plus tard, l’église a christianisé les sources et les fontaines en leur donnant un nom de Saint.

Toutes les communes, tous les villages possèdent une ou plusieurs fontaines, selon la qualité de la source ( tarissement l’été ). Les premiers édifices pour laver le linge apparaissent au 18ème, se développent au cœur des villages au 19ème dans un soucis de salubrité publique et d’hygiène et ils se multiplient au 20ème siècle.


la pecherie vue de dessusMontgermain possède un ensemble remarquable, dénommé communément « la pêcherie », situé sur "le coudert".
( terrains communaux) etla croix en été comprenant une fontaine, un abreuvoir pour les bêtes et un lavoir.

La disposition de ses éléments architecturaux est semblable à ce qui se faisait à l'époque: la source alimente d'abord la fontaine, puis l’eau est acheminée jusqu’à l’abreuvoir et au lavoir. Le trop plein du lavoir circule à proximité des édicules, on note généralement la présence d’une croix.

A Montgermain, la Croix surplombe la pêcherie depuis la route.la croix sous la neige Jusque dans les années 1980, elle était mutilée, la tête décapitée reposant sur son socle. Je pense qu’à l’origine elle possédait un svelte corpsde granit qui la rapprochait du ciel. Je dois dire pourtant que cette croix incarne moins pour moi les pouvoirs miraculeux de la fontaine que nos parties de chat-perché endiablées ponctuées par les injonctions inefficaces de nos parents : «descendez de cette croix !».

la fontaineNous ne pratiquons plus guères les rites dédiés aux divinités de l’eau. Nos ancêtres, en ayant la prémonition, nous ont légué toutes ces croix comme autant de signaux pour nous rappeler la valeur intemporelle de l’eau pour l’humanité et que chaque génération doit penser à celles qui suivront.

La fontaine à guérite est formée de blocs de granit taillés. Elle comporte 2 pierres d’attente pour les seaux. L’édifice protège l’eau des souillures et la maintient à l’ombre, pour bénéficier d’une eau fraîche de 12 à 14°. Pour la sécurité des petits, mon frère Alain lui a intégré un morceau de grille provenant de celle qui entoure la cour de notre maison : les générations se fondent ainsi dans le patrimoine bâti.


la pompe à eauJusqu’à l’adduction d’eau, nous allions puiser l’eau à la fontaine, au fur et à mesure de nos besoins, dans des seaux en fer. C’était une corvée assez pénible. Dans les années 60, mon père avait donc fait creuser un puit dans notre jardin. L’approvisionnement s’effectuait alors au moyen d’une pompe manuelle.


abreuvoirà chatL’abreuvoir pour les bêtes est construit sur une source jaillissante dont l’eau était toujours claire. Les vaches de mon père Victor allaient s’y abreuver, juste au-dessus de la pêcherie. Cet abreuvoir rectangulaire a la particularité d’être dans le lavoir. Il comporte une grande dalle de granit qui le compartimente en deux.

Le lavoir est entièrement pavé, pour faciliter son nettoyage et l’étanchéité. La profondeur d’eau doit être de 70 cm minimum pour doit être de 70 cm minimum pour un bon écoulement de l’eau. Les pierres à laver se situent du côté le plus profond.


Le fond est en pente pour faciliter sa vidange qui s'effectue par un trou bouché d'une bonde en pierre, qui s'ajustait parfaitement au trou, situé du côté le plus profond situé du côté le plus profond. Le jour de "la bujade", les lavandières s'agenouillaient dans un baquet rempli de paille, de journaux ou de vieux chiffons. Chaque femme disposait de « sa » pierre. Les lessiveuses ou « bujadiers » étaient installées sur place où le « blanc », comme les gros draps de chanvre , était mis à bouillir, deux fois par an.

Ma mère Suzanne utilisait encore le lavoir dans les années 60. Je l’ai vu casser la glace pour pouvoir laver son linge. Je n’éprouve donc aucun sentiment nostalgique conduisant à déplorer l’éviction des lavoirs limousins par la machine à laver symbole d’une modernité dévastatrice !


pecherie village    Malheureusement, depuis quelques années le lavoir fuyait malgré les tentatives de colmatage. Jusqu’au jour ou la bonde en pierre a été remplacée une en plastique ! cet acte « soignant, donc estimable, est hautement symbolique : nous ne savons plus utiliser les ressources de la nature, le plastoc a remplacé les matières nobles.


une auge en granitJ’admire le savoir-faire de ces artisans, magiciens capable d’édifier des merveilles esthétiques, à partir des matériaux pris sur place avec des outils primaires à la seule force de leurs bras.

Ce qui est le plus incroyable, c’est la présence de ces trésors dans nos hameaux creusois, perdus au bout d’un chemin, niché dans un bout de pré, enfouis dans une cathédrale de verdure, comme autant de vestige d’une civilisation laborieuse dépositaire de richesses dédaignées jusque là. En effet, actuellement les initiatives se multiplient en Creuse, pour préserver ce « petit »Patrimoine et le faire découvrir aux randonneurs.


la fontaine de Sous Parsat

Fontaine et lavoir
de Sous Parsat

Les pêcheries, comme celle de Montgermain, ont connu de multiples usages : retenues d’eau à partir desquelles partaient des rigoles pour irriguer les parcelles alentour, elles servaient aussi à abreuver les animaux. Le chanvre y macérait. Au Moyen Age, une pêcherie c’était une partie de rivière que l’onbloquait des deux côtés .

En fait de poisson, la pêcherie de mon enfance était le royaume des reinettes vertes ou grises, l’observatoire idéal du cycle du têtard. Elle constituait aussi la scène dénuée d’entrave où se déployaient les ballets uniques et éphémères des libellules aux ailes diaphanes où s’accrochaient mes rêves d’enfants, portés à l’infini. Bercée par la source qui alimentait le lavoir et l’abreuvoir, disciple sans le savoir des divinités de l’eau, je m’emplissais aussi et à jamais d’un breuvage subliminal et magique dans lequel je puiserais des forces, plus tard.

Ne cherchez plus, c’est moi la « recommandeuse » de Bonas Founts, « la passeuse de part » et je vais vous confier mon secret : la fontaine de Montgermain est miraculeuse pour de vrai. Mais les rites de dévotion impartis sont à la portée de très peu d’élus : ne rien lui demander, ne pas former mille vœux en lui tournant autour en comptant jusqu’à 10, inutile de lui jeter des pièces (surtout pas d’euros, elle déteste les euros )ou de lui faire l’offrande la mèche de cheveux de votre bien-aimé ou d’y noyer celle de votre belle maman.

Contemplez notre fontaine, simplement, en silence, effleurez ses dalles de vos baskets (la seule marque qui compte pour elle, c’est celle du respect). Cherchez y la marque des sabots des vaches de Victor venant à l’abreuvoir. Caressez ses flancs de granit en imaginant le geste du tailleur de pierre, penchez-vous vers son miroir d’eau comme si vous veniez y puiser votre seau jusqu’à l’anse, et le miracle s’amorcera. Soyez très attentif, votre oreille abîmée par la greffe de portable n’est plus assez fine ni assez subtile pour capter ses messages : soyez patient, prenez votre temps, écoutez là et vous l’entendrez enfin, en vous. Mais attention, elle peut devenir assourdissante. elle a tant de choses à vous dire…


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